La question de la légitimité…

Alors, j’ai l’air, comme ça, de vouloir raconter le chemin parcouru, comme si j’étais déjà « dans la place », alors que je n’en suis qu’au début du début ! Rhaaaa… mais c’est justement parce que c’est déjà tellement énorme, d’avoir pu accéder à cette première marche ! Telle une lilliputienne qui s’est mis en tête de gravir les trois étages de la Tour Eiffel, j’ai l’impression d’avoir mis trois ans à accéder au premier niveau. Autant dire qu’il y encore du boulot !

Si mes calculs sont bons, je pourrai prétendre à un vrai premier bilan dans six ans 😉

Avant de vous raconter l’aventure du fameux « 1er roman », et des erreurs qui peuvent parfois l’accompagner (je n’y ai pas échappé), j’aimerais vous parler du sentiment de légitimité. Au moment d’écrire le premier mot, de la première page, du premier chapitre, de la toute première histoire, il m’ a fallu tenir compte de ce paramètre : le sentiment de légitimité.

Si vous avez décidé de changer quelque chose dans votre vie, de vous lancer dans une nouvelle aventure, de suivre le chemin que vous savez être le vôtre, comme moi, vous allez sans doute vous apercevoir que la légitimité mesdameszémessieurs, c’est carrément LA question centrale qui se pose à la plupart d’entre nous (pas tous, mais j’en fais partie, vous l’aurez compris), quand il s’agit de redistribuer les cartes, de donner une nouvelle impulsion à son existence, de se lancer vers l’inconnu ou dans un projet fou… bref, de sortir, comme on dit, de sa « zone de confort ».

Je vous explique.

Bien qu’étant dans l’écrit depuis toujours, cette question s’est très vite posée à moi. Et je vous le dis tout de suite, je me la pose encore, et me la poserai sans doute encore longtemps ! Oui, j’avais envie d’écrire (sous-entendu, autre chose que tout ce que j’avais écrit jusqu’alors en tant que journaliste), mais en quoi ma démarche pouvait-elle bien être légitime ? Écrire des histoires, ok, mais quel chemin allais-je bien pouvoir me frayer, dans ce milieu, qui ne m’attendait pas ?

A plusieurs reprises, toujours animée par des tas d’envies, des tas d’idées, j’ai voulu m’y mettre, et à plusieurs reprises, je me suis dit : « laisse tomber ». Un peu comme si j’avais croisé sur ma route un homme extraordinaire, que j’en serais instantanément tombée amoureuse, tout en pensant, au fond de moi : « ça ne marchera jamais ». Sous-entendu, bien sûr… Je suis une grosse trouillarde !

Bah oui, avouez que ça fait peur… hein ?

Un jour, j’ai pourtant réussi à dépasser ma peur… C’était un de mes rêves d’enfance quand même !

Commencer à y croire, je vous le dis tout de suite, cela ne m’a pas empêché de me poser des tas de questions… un peu comme quand on tombe amoureux, justement.

Oui, ma rencontre avec l’écriture, ça été un peu comme une histoire d’amour. Mais une histoire d’amour pas comme les autres… Je suppose que l’on pourrait dire la même chose de n’importe quelle rencontre déterminante que l’on fait dans la vie. Au moment où cela arrive, nous savons, dans le fond, que cela va être important pour nous, mais c’est tellement nouveau… comment savoir à l’avance quelle forme l’histoire va bien pouvoir prendre ? Oui, au début, quelle que soit l’entreprise dans laquelle nous nous lançons – monter un restaurant, quitter la ville pour la campagne, reprendre des études, déclarer sa flamme à quelqu’un, que sais-je encore… – notre petite voix intérieure nous murmure d’y aller, mais qu’est-ce qui fait, que l’on décide de l’écouter, ou pas ? Qu’est-ce qui fait que l’on décide d’aller vers ce besoin d’exister « autrement » ?

Écrire, j’aurais très bien pu me dire, qu’au bout de centaines d’articles et une douzaine de guides pratiques écrits, je savais à peu près le faire… Mais écrire « autrement » ? Je n’avais jamais pris cette liberté. Sans doute par peur, donc, mais aussi par fainéantise. Aller au bout de ses rêves, ça demande du travail !

Et puis, est arrivé le tsunami évoqué dans l’un de mes précédents billets. Et puis, est arrivée la VRAIE peur. La peur suprême… D’un seul coup, c’était comme si, une fois passée si près de la fin du monde, de mon monde, je n’avais pas eu d’autre choix que d’écouter cette petite voix intérieure et la pulsion de vie qui l’accompagnait.

C’est l’avantage, quand on traverse certaines épreuves : ça peut faire un effet dingue, un truc qui vous réveille d’un seul coup. Certains disent même que ces épreuves sont là pour ça : pour nous révéler à nous-même… Du coup, avoir connu la grande peur, m’a fait relativiser les autres. C’est à ce moment-là, que j’ai décidé de rendre mon amour légitime. Car cette inclinaison pour l’écriture, comme j’aurais pu en avoir pour la peinture ou encore la danse, c’était un peu comme assumer enfin mon désir. Oui, c’était un peu comme retomber à nouveau amoureuse, et avoir envie de prendre à nouveau des risques. C’était revenir… du côté de la vie !

Pour autant…

… il faut l’avouer, même dans leur vibrante nécessité, tous ces sentiments contradictoires, ces chamboulements, ces moments de doutes au début d’une relation… c’est fatigant ! On serait même enclin à se dire qu’on serait mieux sur son vélo, au cinéma, ou je ne sais où encore… à profiter des petits bonheurs de la vie, au lieu de rester planté-là, à se torturer l’esprit avec des tas de questions : « est-ce que je vais trouver les bons mots ? Est-ce que je suis suffisamment en confiance pour me lancer dans cette histoire ? Est-ce que l’autre va me comprendre ? Est-ce que je vais lui plaire ? Est-ce que ce que je dis résonne en lui ? Vous voyez, écrire, c’est exactement ça. C’est se poser, avant même d’avoir commencé l’histoire, les mêmes questions que pour un amour : « est-ce que je suis assez bien pour eux ? (Les éditeurs d’abord, les lecteurs imaginaires ensuite). Est-ce qu’ils vont me comprendre ? » Et rebelote… « Est-ce que je vais leur plaire ? »

Allez, je vais faire un tour de vélo tiens !

Et puis c’est quand on est sur son vélo justement, qu’on continue à penser à tout ça – parce que quand on est amoureux, on y pense tout le temps, et ça, c’est à la fois exaltant et épuisant hein ? – on est sur son vélo, donc, et on se dit : et puis zut alors ! Pourquoi pas moi ? On rentre chez soi, toute contente d’avoir pris l’air, et on y retourne, parce que l’appel est trop fort, trop puissant. On y retourne, et on s’y met. Si quelque chose m’appelle par- là, il faut bien que j’y aille non ? Sinon, je risque de passer à côté ? Et ça, ce serait dommage… Allez, je risque quoi ? De me tromper ? De me rendre compte que ce n’était pas pour moi au final ? Et alors ? Je ne serais pas la seule à qui ça arrive ! Les mots, l’émoi, c’est une prise de risque, c’est vrai. Cela demande de faire fi de toutes les croyances accumulées jusque-là. Mettre de côté ses habitudes d’avant, ses certitudes… en remettant tout à plat. Pour la légitimité… Je me dis que le temps fera les choses. On est légitime à partir de quand de toute façon ? Quand on est édité ? Au bout de combien de livres ? Quand on en vit ? Quand on vend bien ? Sachant que peu d’auteurs ne vivent que de leur plume, on est en droit de se poser la question. Une question dont je n’ai pas la réponse, et que beaucoup d’auteurs se posent je pense.

Alors, légitime ou pas, la question n’est pas de savoir aujourd’hui si c’est bien raisonnable tout ça, ni de savoir s’il faut renoncer. Maintenant que j’y suis, il faut y aller ! Même si finalement je n’arrive pas tout en haut de la Tour Eiffel, pas question de renoncer. Même si par moments, c’est dur, et que le découragement, ça peut même faire couler des larmes, je me dis qu’après tout, les fleurs… elles poussent grâce à l’eau non ?

A bientôt !

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