D’un François à l’autre…

Pour débuter ce nouvel article, j’aurais tellement voulu me souvenir du prénom de mon professeur de presse écrite d’il y a longtemps. Cela m’eût été utile que son prénom soit François. Mais j’ai beau cherché, je ne m’en rappelle pas. Je vous expliquerai plus loin, pourquoi, ce professeur, qui ne s’appelait sans doute pas François donc, avait dit une chose dont je me souviens aujourd’hui encore à ses étudiants. Je la trouvais, à l’époque déjà, totalement réac. Vous allez comprendre…

Aujourd’hui, je veux vous parler du décloisonnement.

Le décloisonnement ? Encore un concept d’architectes me direz-vous ? Nooon ! Le décloisonnement, c’est plutôt une idée qui me tient à cœur, et qui a été ravivée par François Busnel dans La Grande Librairie hier soir, alors que je l’écoutais, religieusement, devant mon poste de télévision. Je l’ai écouté, et cela m’a donné envie de lui écrire une lettre, qui, du coup, me fait penser à un autre François…

Cher François, grâce à toi, la littérature dite  » jeunesse » a réalisé son rêve d’enfance hier soir (pardon, mais les rêves d’enfance, c’est un peu le fil rouge de ce blog, donc je me suis engagée avec moi-même à faire apparaître au moins une fois les mots « rêve d’enfance » dans chaque article).

Cher François, donc, je te remercie chaleureusement. En tant que toute jeune auteure, qui débute dans le métier, j’étais heureuse que cette émission ait pu avoir lieu hier soir, et qu’à une heure de grande écoute,  la littérature dite « jeunesse » soit mise à l’honneur. En tant que femme, je voulais aussi te remercier, car nous avons presque atteint la parité chez les invités. Et ça, c’est chouette. J’espère qu’il y en aura d’autres… je veux dire, des émissions comme celle-là… Voir même, que tu envisageras d’attribuer, dans chacune de tes émissions consacrées à la littérature « vieillesse », (puisque tu sembles dire qu’elles vont être rallongées à partir de janvier 2016, et ça, par les temps qui courent, c’est quand même une sacrée bonne nouvelle), que tu attribueras, donc, un temps pour la jeunesse. Bah oui, LA JEUNESSE… tu sais ? Ce truc super important. Si tu as lu mon article d’hier François, j’y écrivais que je croyais très fort à l’idée que toutes les grandes choses (ou moins grandes d’ailleurs) que nous réalisons, nous viennent de là, de l’enfance… donc de la jeunesse. C’est dire, combien c’est capital.

Bon, une fois que j’ai répété ça, ok d’accord… et donc ?

Et donc, comme la jeunesse, c’est super important, voire même essentiel pour bien vieillir, enfin, je veux dire, pour devenir un adulte à peu près bien dans ses baskets, je me dis que c’est un peu dommage de continuer, en 2015, à opposer la littérature « jeunesse » à la littérature « vieillesse » (comme tout un tas d’autres trucs d’ailleurs, s’il n’y avait que ça…). Je sais François, c’est juste une convention journalistique, mais justement, à force, ce sont les prescripteurs que représentent les journalistes, qui finissent par faire entrer dans la tête des gens qu’il faut forcément opposer, stigmatiser, cataloguer, classer. Finissons-en avec ces petites cases. Si je m’attarde uniquement sur le sujet qui nous intéresse aujourd’hui François, toi, l’amoureux des livres – ça se voit que tu les aimes les livres : tu parles à tes invités avec une fascination qui flirte avec l’état dans lequel nous nous trouvons lorsque nous tombons amoureux – pourquoi, donc, si, comme toi, on aime les livres de manière générale, faut-il opposer « vieillesse » et « jeunesse » ou l’inverse. Oui, je sais, il faut bien nommer les choses. Mais dans ce cas, trouvons autre chose. Je ne suis pas une grande spécialiste, mais il me semble tout de même que dans ce domaine, les choses bougent non ? Il faut se mettre à la page François ! Oui, il me semble que de plus en plus d’adultes lisent des livres estampillés « jeunesse ». Et que l’inverse est valable aussi. Combien de pré-ados et d’ados lisent des livres dits pour « adultes ». Diantre ! Cessons ces clivages ! Alors oui, un enfant doit rester un enfant, je ne suis pas en train de dire qu’il faut tout lui mettre entre les mains. Mais pour les adultes, c’est différent : il y a des tas de gens à qui ça ferait un bien fou de lire plus souvent des livres dits « pour enfants ». C’est moins dangereux que les antidépresseurs, et en plus, ça rapporterait plus d’argent aux auteurs, moins aux laboratoires pharmaceutiques.

A quand des prescriptions de livres chez le médecin ?

Bref, bon sang de bonsoir, décloisonnons un peu les choses, c’est ça qui dépoussiérerait les esprits ! Pourquoi ne pas faire passer le message que les livres jeunesse, (puisqu’ils sont rangés là), regorgent de trésors précieux, de personnages incroyables, de fraîcheur inestimable, d’intrigues époustouflantes, d’émotions intenses… Pourquoi ne pas encourager tout le monde à en lire ? Les grands, comme les petits. Et pas seulement à Noël fichtre !!! Pourquoi ne pas mettre tout le monde au même niveau ? Les enfants ont bien le droit d’écouter Brel… ou Piaf, c ‘est même recommandé non ?  Alors pourquoi ne pas inviter des auteurs dits « jeunesse » à la même table que tes autres invités ? Je sais, c’est utopique, mais si tu essayais, de mélanger les deux, dans tes prochaines émissions ? Il y a tant de gens qui écrivent des choses formidables dans cette catégorie, souvent en lien avec des thématiques d’actualité, avec la société d’aujourd’hui. Il y a de « vraies » réalités abordées dans ces livres. Et de la légèreté aussi ! Bref, des tas de choses que tu pourrais explorer, au même titre que les autres. Cela permettrait, de surcroît, de lever certaines inégalités de traitement entre auteurs « pour adultes » et auteurs « pour enfants », sur lesquelles je ne m’attarderai pas ici, car ce n’est pas l’objet de l’article.

L’écriture et les mots, puisque c’est aussi un des sujets de ce blog, sont des rivières qui coulent, et qui irriguent nos cœurs. C’est la littérature en général qu’il faut promouvoir, encore et encore, l’art de manier les mots, la langue… de la faire chanter. On le sait, même un dessin est une phrase littéraire ! Le célèbre PEF l’a démontré hier soir encore… Tu aimes bien les dessins aussi je crois… Alors ? Pourquoi ce clivage avec la littérature « jeunesse » ? J’ai bien aimé ton émission, mais j’aimerais qu’elle serve aussi à réfléchir à une nouvelle manière de voir les choses.

Pour essayer de mettre une image, un visage, sur ce que je vois derrière cette idée du décloisonnement, c’est à un autre François que je pense : François Morel. Voilà un homme qui est capable, avec la même matière première que représentent les mots, d’être comédien, humoriste, écrivain, poète, éditorialiste et j’en oublie sans doute encore. Il nous fait rire, nous fait pleurer, nous sensibilise… nous émeut, tout ça en se fichant pas mal de savoir dans quel catégorie il se range. Un homme de culture, inclassable ! Voilà, François Morel c’est l’incarnation même du décloisonnement, et il représente, à mon sens, la culture accessible à tous. En décloisonnant, on ouvre l’accessibilité. C’est tout simple.

Quant à mon professeur de presse écrite, si je pense encore à lui aujourd’hui,  tu imagines bien, François, que c’est évidemment parce qu’il a voulu nous enseigner tout le contraire. « Si vous venez ici pour faire de la littérature, vous pouvez quitter la salle tout de suite » nous avait-il dit, lors de notre premier cours avec lui… Hum… Des années après, elle résonne encore en moi. Par ailleurs journaliste depuis 18 ans, je suis sensible à ces questions d’écritures multiples. Or, quand j’écoute, sur France Inter, les chroniques de François Morel, mais aussi celles de ses confrères et consœurs, je me dis que sous leurs casquettes d’éditorialistes (donc de journalistes), c’est bel et bien de la littérature qu’ils écrivent. Je me dis surtout que le monde a changé, et qu’on ne peut plus fonctionner avec de vieux poncifs, peut-être encore enseignés dans les écoles d’ailleurs, je ne sais pas… Où est la frontière entre journalisme et littérature, lorsque l’on écoute ces « plumes » ? Où est la frontière entre un dessin de presse et un éditorial ? Où est la frontière entre les livres « jeunesse » (ils regorgent de dessins et les illustrateurs sont des auteurs) et les autres ?

Je me dis peut-être qu’il n’y en a pas en fait… Et que c’est ça, le nouveau monde.

A bientôt !

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