Éloge de la lenteur

Rhaaaa… Enfin un nouvel article !

Je sais, ça a pris du temps…  Mais se reconnecter avec son enfance, ça ne peut pas se faire en quatre matins. Ni même en dix… Pour ce genre de choses, un claquement de doigts ne suffit pas. Et heureusement d’ailleurs !  On ne va pas non plus faire ce qui nous tient vraiment à cœur, en 5 minutes, hein ? Et puis… je crois que j’attendais que le sujet s’impose à moi. Parce que, « faire pour faire », à quoi ça sert ?

J’attendais, et voilà qu’un beau matin, elle est arrivée, tranquillement, à son rythme… Elle a toqué à ma porte. J’ai dit : « c’est qui ? ». Elle m’a répondu avec tendresse : « c’est ta lenteur, tu te souviens de moi ? ». Ma lenteur ? J’avais oublié, c’est vrai… Au début, j’ai pensé que c’était la rentabilité qui me faisait une farce. Ou peut-être même la peur… Oui, j’ai remarqué que la peur était fourbe parfois… même chassée loin, très loin de vous, elle se débrouille pour se pointer à nouveau, au moment où vous vous y attendez le moins. J’ai dit : « heu… ça ne m’intéresse pas, je n’ai pas le temps !  » Et là, toute en finesse, ma lenteur a dit : « justement, ouvre-moi… et tu verras, du temps, tu en auras à nouveau… »

Alors j’ai dit : « OK ». Et j’ai laissé entrer ma lenteur dans mon cœur.

Il n’y avait aucun doute, dès le premier regard, j’ai su que c’était elle, que c’était la lenteur de mon enfance. Celle qui m’avait fait m’ennuyer, et donc, rêvasser. C’était sympa de se retrouver… depuis combien de temps on n’avait pas traîné nos guêtres ensemble ? Il faut croire que c’était le bon moment pour des retrouvailles.

Du coup, j’ai pensé que le sujet pouvait vous intéresser. Par les temps qui courent, parler lenteur, ça peut s’avérer être utile…

Certains verront peut-être un caractère contre-productif à cet article, voire même une forme de pathologie à vouloir écrire sur la lenteur, alors que je ferais mieux d’aller faire bouillir la marmite. Soit. C’est un argument qui peut me faire douter, en bonne repentie de la vitesse que je suis. Mais je me dis la chose suivante… même si c’est vrai que ça passe vite, ça prend quand même du temps de vivre une vie, et pourtant… on gagne vachement à vivre ! Alors vous voyez, finalement, ça a du bon la lenteur… Moi en tout cas, même si je n’étais plus formatée pour, en acceptant de lui ouvrir ma porte, j’ai tout de suite été convaincue d’une chose : il ne faut pas se presser. Parce que quand ça va trop vite, ça va trop vite pour tout, vous voyez… même pour la fin. Non ?

Bref, retrouver la lenteur qui sommeille en chacun de nous, ça fait du bien.

Il suffit d’être confronté à l’urgence, pour avoir sacrément envie de ralentir et de réfléchir un peu. Quand ça m’est arrivé (d’être confrontée à l’urgence) j’ai commencé à repenser à ma lenteur comme à un lointain souvenir, quelque chose qui m’était familier et que j’aimerais retrouver. Une saveur unique, qui s’était égarée au milieu de ma forêt. Ce jour-là, face à l’urgence, et pendant les longs jours qui ont suivi, j’ai appris ce que je savais déjà : la lenteur, la mienne en tout cas, était un Graal précieux. Il fallait que je réapprenne absolument à la cultiver. C’est vrai quoi… quand on est jeune adulte, c’est-à-dire quand on devient, soi-disant adulte, alors que l’on est encore très jeune, on a tendance à se noyer un peu dans une nécessité de performance épuisante, une obligation de réussite, à tous les niveaux. Parfois, on ne s’en rend pas compte, mais on se met même à courir vers le conformisme, la norme, histoire de justifier qu’on est adulte.Tout cela, forcément, ça ne laisse plus beaucoup de place à la lenteur.

C’est peut-être cela grandir : ne plus jamais prendre son temps. Et puis, un jour, la vie vous rappelle à l’ordre. Elle vous impose de réapprendre à vivre différemment. Et d’un seul coup, on redécouvre que, regarder un enfant dormir, ou bien un papillon papillonner, ça n’est pas perdre son temps. Au contraire, ça rend heureux, et libre.

On dit toujours « connais-toi toi-même », c’est vrai, c’est important, mais heureusement, on se réserve parfois des surprises !

Depuis que j’ai laissé entrer en moi la lenteur de mon enfance, je me surprends à ne plus envisager le travail uniquement comme une nécessité sociale, ou ce qui va me permettre d’assurer ma survie, et celle de mes enfants. Non, depuis ce jour, je me contente de peu, et donc de tout. Mon aliénation est devenue heureuse, car elle a du sens. Elle me permet, avec moins, d’avoir plus… plus de temps pour être. En faire moins, pour être plus.

Pendant longtemps,  la répartition entre les charges et les bénéfices du travail n’était pas très équilibrée. Alors, ralentir pour avancer moins, mais mieux, est devenu un vrai leitmotiv… Il faut dire que j’ai été aidée dans ma démarche…

… je tiens donc à remercier ici ma lenteur d’être revenue vers moi, après tant d’années. Grâce à elle, aujourd’hui, je laisse partir ce qui doit me quitter, et j’ouvre grand les bras à ce qui doit advenir, en continuant à réaliser mes rêves, sans pour autant exiger. Du coup, chaque nouvelle rencontre, est aussi belle et colorée qu’un papillon qui papillonne… et chaque nouveau texte, un enfant, que je regarde naître, jouer, tomber, et s’écorcher les genoux, puis s’endormir, en attendant, patiemment, qu’il se réveille…

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